Étranger qui veut créer une SRL ou SPA en Italie : tout savoir sur la réciprocité
UE, hors UE avec titre de séjour, hors UE depuis l'étranger : les règles changent. Qui peut créer une société en Italie et comment procéder étape par étape.
En deux mots
Un étranger peut créer une SRL ou une SPA en Italie. Les règles dépendent de ta nationalité et de ta situation : si tu es citoyen UE ou si tu as un titre de séjour valide, tu procèdes comme un Italien. Si tu es hors UE et que tu ne résides pas en Italie, tu dois d'abord obtenir la vérification de la condition de réciprocité auprès du Ministère des Affaires Étrangères (MAECI).
En bref
| Coût | Vérification MAECI : gratuite. Notaire SRL : 1 500-3 000 €. Droits Chambre de Commerce : 200-300 € |
| Délais | Vérification MAECI : 15-30 jours. Constitution après vérification : 1-7 jours. Total hors UE non résident : 30-60 jours |
| Où à Rome | Notaire de confiance ; Chambre de Commerce de Rome pour le Registre des Entreprises |
| Documents | Passeport, Codice Fiscale (numéro fiscal italien — code personnel de 16 caractères, utilisé partout), Permesso di soggiorno (permis de séjour pour les ressortissants non UE) si applicable, attestation MAECI (uniquement pour les hors UE non résidents) |
Qui peut le faire et avec quelles règles ?
Il y a trois situations principales, avec des parcours différents.
Tu es citoyen UE, EEE ou Suisse ? Le Traité sur le Fonctionnement de l'Union Européenne (artt. 49 et 54 TFUE) te garantit la même liberté d'établissement que les Italiens. Pas besoin de vérification supplémentaire : tu vas chez le notaire avec une pièce d'identité et ton Codice Fiscale et tu procèdes.
Tu es citoyen hors UE avec un permesso di soggiorno italien valide ? L'art. 1 du DPR 394/1999 t'exonère de la condition de réciprocité. Le permis doit être pour travail salarié, travail indépendant, famille, asile, protection internationale ou subsidiaire, ou encore carte de séjour/permis UE pour résidents de longue durée. Il suffit de montrer le permis au notaire et de procéder.
Tu es citoyen hors UE et tu ne résides pas en Italie ? Tu dois satisfaire la condition de réciprocité : ton pays doit permettre aux Italiens les mêmes activités entrepreneuriales que celles que tu veux exercer ici. La vérification est faite par le MAECI et elle est obligatoire avant la signature chez le notaire.
Qu'est-ce que la condition de réciprocité ?
L'art. 16 des dispositions préliminaires du Code Civil italien établit qu'un étranger peut exercer des droits civils en Italie — y compris constituer une société — uniquement si son pays reconnaît aux Italiens les mêmes droits.
La vérification n'est pas une réponse unique pour tout : elle s'évalue au cas par cas en fonction du type de société (SRL, SPA, SNC…), du type d'activité économique, du rôle que l'étranger occupera (associé, administrateur, syndic) et des éventuels traités bilatéraux en vigueur entre l'Italie et ce pays.
Certains pays ont des accords historiques avec l'Italie — comme les États-Unis (Traité d'amitié de 1948) — qui rendent la réciprocité généralement présumée. Les réfugiés et les apatrides sont assimilés aux citoyens italiens en vertu de la Convention de Genève de 1951 et de la Convention de New York de 1954.
Comment vérifier la réciprocité ?
La vérification se fait sur le site officiel du MAECI : cherche le pays de citoyenneté et vérifie s'il existe une attestation déjà publiée qui couvre ton cas.
Si la fiche de ton pays ne répond pas à ta situation spécifique, le notaire ou la Chambre de Commerce envoie une demande par PEC (e-mail certifié — valeur légale en Italie) à la Direction Générale pour les Italiens à l'Étranger et les Politiques Migratoires du MAECI. La réponse arrive dans un délai de 15-30 jours et c'est gratuit.
Procédure étape par étape
Si tu es citoyen UE ou EEE
- Obtiens ton Codice Fiscale auprès de l'Agenzia delle Entrate (l'administration fiscale italienne) ou du Consulat italien dans ton pays.
- Prends rendez-vous avec un notaire à Rome pour l'acte constitutif.
- Immatricule-toi au Registre des Entreprises auprès de la Chambre de Commerce de Rome.
- Ouvre ta Partita IVA (le numéro de TVA italien, obligatoire pour facturer en tant qu'indépendant), et effectue les démarches INPS (sécurité sociale italienne) et INAIL (institut italien d'assurance accidents du travail).
Si tu es hors UE avec un permesso di soggiorno
- Vérifie que le permis est en cours de validité et autorise l'activité entrepreneuriale.
- Utilise ou demande ton Codice Fiscale.
- Procède comme un citoyen UE : notaire, Registre des Entreprises, INPS, INAIL.
Si tu es hors UE non résident en Italie
- Demande ton Codice Fiscale via le Consulat italien dans ton pays ou via un mandataire auprès de l'Agenzia delle Entrate.
- Via le notaire italien, présente au MAECI une demande de vérification de réciprocité en indiquant le type de société, l'activité économique et ton rôle (associé, administrateur, etc.).
- Attends l'avis officiel du MAECI (15-30 jours).
- Si la réciprocité est confirmée, accorde une procuration notariale spéciale (si tu ne peux pas venir en Italie en personne), traduite et apostillée.
- Le notaire italien rédige l'acte constitutif et la société est immatriculée au Registre des Entreprises.
- Pour l'ouverture d'un compte bancaire, prépare-toi à un contrôle anti-blanchiment plus approfondi si l'administrateur est hors UE non résident.
Quels types de sociétés peux-tu créer ?
Tous les types prévus par le Code Civil italien sont accessibles (avec les conditions décrites ci-dessus) :
- SRL — capital minimum 1 €
- SRLs (Simplifiée) — uniquement des personnes physiques, capital 1-9 999 €
- SPA — capital minimum 50 000 €
- SNC, SAS, SAPA
- Coopérative
- Entreprise individuelle — pour les hors UE, requiert un permesso di soggiorno pour travail indépendant
Erreurs à éviter
- Constituer la société sans avoir obtenu la vérification MAECI si tu es hors UE non résident. Le notaire ne peut pas rédiger l'acte sans l'avis officiel, et un acte constitué en violation de cette règle est nul.
- Signer des procurations en blanc. La procuration doit être spécifique à la constitution de cette société précise : nom, type, siège, objet social.
- Faire confiance à des intermédiaires qui promettent de contourner la réciprocité. Il n'existe pas de raccourcis légitimes pour cette étape.
- Confondre visa touristique et document de résidence. La citoyenneté se vérifie avec le passeport en cours de validité. Un visa touristique ou une autorisation ESTA ne changent pas le régime applicable.
- Renoncer si le pays n'est pas en liste MAECI. L'absence d'une fiche préétablie ne signifie pas que la réciprocité est absente : dépose une demande spécifique et attends la réponse officielle.
Cas particuliers
Tu as un permesso di soggiorno pour études ? L'activité entrepreneuriale avec ce type de permis est limitée. Vérifie avec le notaire avant de procéder.
Tu veux entrer comme associé dans une société italienne déjà existante ? Si tu acquiers des parts d'une société déjà constituée et que tu es hors UE non résident, la vérification de réciprocité est quand même nécessaire.
Tu as changé de citoyenneté après avoir constitué la société ? La société reste valable. La réciprocité se vérifie uniquement au moment de l'acte constitutif.
Tu envisages un visa pour travail indépendant ? Tu peux demander l'entrée en Italie pour démarrer une activité entrepreneuriale via le Decreto Flussi (décret annuel fixant les quotas de visas de travail non UE) annuel ou par le canal ordinaire, avec un nulla osta provincial. Cela fait passer ton profil de "hors UE non résident" à "hors UE avec permis" une fois le titre de séjour obtenu.
Sources officielles
- MAECI — Condition de réciprocité
- MAECI — Services pour les étrangers
- Chambre de Commerce de Rome — Registre des Entreprises
- Conseil National du Notariat
- Ministère de l'Intérieur — Immigration et asile
Références réglementaires : Codice Civile artt. 2247 ss. (sociétés), art. 16 disp. prel. Codice Civile (condition de réciprocité), DPR 394/1999 art. 1 (exonération pour étrangers en règle), D.Lgs. 286/1998 (Texte Unique Immigration), TFUE artt. 49 et 54 (liberté d'établissement UE), Convention de Genève 1951, Convention de New York 1954.